La BMW Z4 M Roadster reste l’une des sportives les plus recherchées et les plus admirées que la firme bavaroise ait jamais produites. Combinant un six cylindres en ligne atmosphérique de 3,2 litres issu directement de la M3, une carrosserie de roadster deux places et une propulsion pure, ce modèle représente un concentré de philosophie sportive dans un format découvrable. Retour complet sur une voiture qui continue de fasciner les puristes.
Origines : du Z3 au Z4, l’évolution d’une lignée

La tradition des roadsters BMW remonte aux années 1990, lorsque le Z3 faisait ses débuts face à une déferlante de concurrents comme la Mazda MX-5, la Mercedes SLK, la Fiat Barchetta ou l’Audi TT Roadster. Fort du succès du Z3, BMW présente fin 2002 son successeur, le Z4, officiellement lancé en mars 2003. Produit à l’usine BMW de Spartanburg, en Caroline du Sud, aux États-Unis, le Z4 reprend les codes du roadster à propulsion tout en montant sensiblement en gamme.
Le style du Z4 de première génération, signé Chris Bangle, directeur du design de BMW à l’époque, divise les observateurs. Ses lignes tendues, ses arêtes vives et ses flancs musclés tranchent avec la rondeur du Z3, mais donnent au Z4 une présence sur la route que personne ne peut ignorer. Malgré un style controversé, le Z4 dépasse les 100 000 exemplaires produits dès fin 2004, validant l’approche de BMW.
Le code E85 : comprendre la nomenclature BMW
La première génération de BMW Z4 est connue sous le code interne E85 pour la version roadster et E86 pour la version coupé. Cette nomenclature interne propre à BMW permet d’identifier précisément le modèle, ses motorisations associées et ses variantes. La production s’étend de 2003 à 2008, avec une phase 1 de 2003 à 2006 et une phase 2 (restylage) de 2006 à 2008.
Au total, la série E85/E86 totalise 197 950 exemplaires produits toutes versions confondues. La carrosserie est déclinée en deux styles principaux : le roadster décapotable et le coupé à toit fixe, ce dernier au profil particulièrement séduisant avec sa lunette arrière en verre bombée. Ces deux carrosseries partagent un empattement de 2 495 mm (légèrement allongé à 2 497 mm sur les versions M) et une longueur totale de 4 090 mm.
La gamme de motorisations : de 150 à 343 chevaux
La gamme du Z4 E85 couvre un spectre moteur particulièrement large. Au lancement, trois motorisations à six cylindres en ligne à énergie essence sont proposées : un 2,2 litres de 170 ch, un 2,5 litres de 192 ch et un 3 litres de 231 ch. En 2005, BMW élargit sa gamme vers le bas avec l’introduction d’un quatre cylindres en ligne de 2 litres développant 150 ch, servant de moteur d’entrée de gamme pour capter une clientèle plus large.
La cylindrée varie donc de 1 995 à 3 246 cm³, et la puissance maximale s’échelonne de 150 à 343 ch selon la version. La transmission est exclusivement en propulsion, dans la pure tradition sportive BMW, avec au choix une boîte manuelle à 5 ou 6 rapports ou une boîte automatique à 5 ou 6 rapports selon la motorisation choisie. Le poids oscille entre 1 420 et 1 610 kg selon la version et les équipements.
La version M : le sommet de la gamme Z4
La BMW Z4 M Roadster, dont il est ici question, représente l’aboutissement ultime de la série E85. Commercialisée à partir de 2006, elle bénéficie du léger restylage apporté à l’ensemble de la gamme Z4 cette année-là : antibrouillards avant et arrière de forme carrée, finition intérieure revue et améliorée, points faibles du modèle initial en partie corrigés. Le département Motorsport de BMW supervise l’ensemble du développement de cette version.
La Z4 M se distingue visuellement par des boucliers spécifiques, des sorties d’échappement doubles, des jantes au design M et des élargisseurs de carrosserie discrets mais marquants. La hauteur de la Z4 M Roadster est de 1 302 mm, légèrement différente du coupé M (1 287 mm) et de la version standard (1 299 mm), signe d’un développement spécifique pour chaque carrosserie. Le coffre offre une capacité de 200 litres minimum, typique d’un roadster deux places.
Le moteur S54 : un six cylindres en ligne d’anthologie
Le cœur battant de la BMW Z4 M Roadster est le légendaire bloc S54, un six cylindres en ligne atmosphérique de 3 246 cm³ développant 343 ch à 7 900 tr/min. Ce moteur est directement issu de la BMW M3 (E46), l’une des berlines sportives les plus saluées de l’histoire récente. Il s’agit d’un moteur à haute révolution, répondant avec précision et linéarité à chaque sollicitation de l’accélérateur.
Le couple maximal est de 365 N.m, disponible à 4 900 tr/min. Ce couple, associé à la légèreté relative du roadster, offre des performances de haut vol : le 0 à 100 km/h est bouclé en 5,0 secondes, et la vitesse maximale est limitée électroniquement à 250 km/h. L’alimentation est, bien entendu, à énergie essence, via un système d’injection individuelle par cylindre avec double Vanos (variation continue des arbres à cames à l’admission et à l’échappement).
Ce qui rend ce moteur exceptionnel, c’est avant tout sa sonorité : une montée en régime cristalline, presque mécanique dans sa précision, qui rappelle les grandes mécaniques de compétition. Pour un puriste, la conduite d’une Z4 M Roadster est une expérience sensorielle rare, aujourd’hui difficile à reproduire à l’ère des moteurs turbocompressés.
Châssis, dynamique et sensations de conduite
La BMW Z4 M ne se résume pas à son moteur. Son châssis est entièrement repensé par rapport aux versions standard : ressorts, amortisseurs, barres stabilisatrices et triangles de suspension sont spécifiques à la version M. La répartition des masses approche le 50/50 avant/arrière, idéal pour un équilibre optimal en virage. La propulsion pure, couplée à une direction précise et communicative, place ce roadster dans la catégorie des voitures les plus engageantes de sa génération.
Le différentiel autobloquant mécanique à l’arrière constitue un autre atout majeur : il permet de mieux exploiter la puissance en sortie de virage et contribue à la neutralité du comportement. La Z4 M Roadster récompense les conducteurs qui cherchent à communiquer réellement avec leur voiture, à l’opposé des sportives modernes très assistées électroniquement. C’est précisément cette authenticité qui lui vaut aujourd’hui un statut de référence parmi les amateurs de conduite pure.
Comparaison roadster versus coupé
La BMW Z4 M existe en deux carrosseries : le roadster (E85) et le coupé (E86). Le roadster offre le plaisir de la conduite à ciel ouvert, avec une capote en toile manœuvrable facilement. Le coupé, au style plus radical avec sa lunette arrière bombée caractéristique, affiche une rigidité en torsion nettement supérieure, bénéfique pour la précision de conduite. Sa carrosserie fermée lui vaut parfois d’être comparée à un shooting brake miniature.
En termes de performances brutes, le coupé M est légèrement plus rigide et donc plus incisif dans les enchaînements de virages, tandis que le roadster séduit par l’émotionnel de la conduite découverte, amplifiée par la sonorité du S54 qui s’invite directement dans l’habitacle. Les deux versions se sont produites en nombre très limité, ce qui en fait aujourd’hui des objets de collection recherchés, particulièrement le coupé dont la production fut encore plus restreinte.
La Z4 M Roadster sur le marché de l’occasion
Aujourd’hui, la BMW Z4 M Roadster est une voiture de collection à part entière. Les prix ont sensiblement progressé ces dernières années, portés par l’engouement croissant pour les sportives atmosphériques des années 2000. Comptez entre 25 000 et 45 000 euros pour un exemplaire en bon état, selon le kilométrage, l’historique d’entretien et la rareté des options. Les versions les mieux documentées, avec carnet d’entretien complet chez un concessionnaire ou un spécialiste BMW M, atteignent les fourchettes hautes.
À l’achat, quelques points de vigilance s’imposent. Le moteur S54 est fiable à condition d’avoir été régulièrement entretenu, avec des changements d’huile fréquents (tous les 10 000 km idéalement avec une huile adaptée). Les bielles, les paliers de vilebrequin et le système de distribution (tendeurs de chaîne) méritent une inspection approfondie. La capote du roadster doit être vérifiée pour d’éventuelles infiltrations. L’état des trains roulants, soumis à rude épreuve dans une voiture aussi performante, est également un point d’attention prioritaire.
Le coût de possession et d’entretien reste élevé, dans la norme d’une sportive de ce niveau. Les pièces spécifiques M ne sont pas toujours disponibles en grande surface, et il est conseillé de s’adresser à des spécialistes BMW M ou à des ateliers préparateurs habitués à ces mécaniques. Malgré tout, le plaisir offert par cette Z4 M Roadster justifie largement cet investissement pour les passionnés.
La Z4 M face à ses concurrentes de l’époque
En 2006, la BMW Z4 M Roadster évolue dans un segment très compétitif. Elle fait face à la Porsche Boxster S, à la Mercedes SLK 55 AMG ou encore à l’Audi TT 3.2 quattro. Face à ces rivales, la Z4 M se démarque par son moteur atmosphérique à très haute révolution, sa propulsion pure sans aucune aide à la traction et son poids contenu.
La Boxster S mise sur une architecture à moteur central pour une répartition des masses optimale, mais son moteur flat-six reste moins expressif à haut régime que le S54. La SLK 55 AMG propose une puissance supérieure mais un caractère moins précis. L’Audi TT 3.2 quattro offre une traction intégrale rassurante, à l’opposé de la philosophie de la Z4 M. En matière d’émotions de conduite à l’état pur, la BMW Z4 M s’impose comme la référence de sa catégorie.
L’héritage de la Z4 M et les générations suivantes
Après la fin de production de la Z4 E85/E86 en 2008, BMW lance le Z4 E89, qui adopte un toit rigide rétractable (RHT) et abandonne la version M pure au profit de motorisations turbocompressées. La troisième génération, le Z4 G29, née d’une collaboration avec Toyota (qui donnera naissance au GR Supra), adopte un positionnement encore plus GT, avec des moteurs turbo puissants mais sans l’âme atmosphérique du S54.
La BMW Z4 M Roadster E85 reste donc, à ce jour, le dernier roadster BMW doté d’un véritable moteur M atmosphérique à haute révolution. Pour beaucoup de passionnés, elle incarne la quintessence de la philosophie sportive de BMW : légèreté, propulsion, moteur en ligne et absence de compromis. C’est cette pureté qui en fait un objet de collection dont la cote ne cesse de progresser.
Fiche technique résumée de la BMW Z4 M Roadster
- Code interne : E85 (roadster)
- Années de production : 2006 à 2008
- Motorisation : S54, six cylindres en ligne atmosphérique, 3 246 cm³
- Énergie : essence
- Puissance : 343 ch à 7 900 tr/min
- Couple : 365 N.m à 4 900 tr/min
- Transmission : propulsion, boîte manuelle 6 rapports
- 0 à 100 km/h : 5,0 secondes
- Vitesse maximale : 250 km/h (limitée)
- Poids à vide : environ 1 420 kg
- Longueur : 4 090 mm
- Empattement : 2 497 mm
- Carrosserie : roadster deux places
- Réservoir : 55 litres
La BMW Z4 M Roadster est bien plus qu’un simple cabriolet sportif. C’est un témoignage d’une époque où les constructeurs osaient encore concevoir des sportives sans filet, entièrement dédiées au plaisir de conduire. Son six cylindres en ligne atmosphérique, sa propulsion sans compromis et son style signé Chris Bangle, devenu culte avec le recul, en font aujourd’hui un objet désirable qui traverse les années avec une élégance intacte.